L’université sans mission : pourquoi tant d’écoles privées échouent à former des diplômés utiles
- Mar 13
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Pendant longtemps, l’université a porté une promesse claire de cultiver des esprits capables de bâtir une société meilleure. Le diplôme était un signal simple mais essentiel : cette personne possède des compétences utiles.
Aujourd’hui, dans une grande partie du monde – et de manière aiguë en Afrique – cette promesse est rompue. Des millions de diplômés arrivent chaque année sur le marché du travail, mais les employeurs peinent à trouver des talents opérationnels. Les familles investissent leurs économies dans les frais de scolarité, pour voir souvent leurs enfants faire face à un chômage prolongé, diplôme en main. Le système produit des diplômés, mais pas de réelles compétences.
Le cœur du problème n’est pas un manque d’universités. En fait, le nombre d’établissements privés a explosé à travers l’Afrique. Mais ce boom quantitatif masque une crise qualitative. Il nous force à poser une question fondamentale : quelle est, précisément, la mission de ces institutions ?
Quand le marché remplace la mission
Dans trop de cas, créer une université est devenu une simple entreprise commerciale. En effet, la demande d’enseignement supérieur est forte, les universités publiques sont saturées, et les familles sont prêtes à payer. Cela crée une opportunité de marché.
Mais une université n’est pas une usine à produire des objets. Elle vend une promesse de transformation humaine et professionnelle. Lorsque la logique opérationnelle se résume à remplir les amphithéâtres, multiplier les filières et maximiser les inscriptions, la question centrale disparaît : Que doivent réellement savoir faire nos diplômés ?
Sans cette question comme boussole, une institution cesse d’être un atelier de compétences. Elle devient une usine à diplômes.
Le curriculum : votre produit invisible et le plus vital
Toute entreprise commence par son produit. Avant de construire une usine, on se demande : Quel problème voulons-nous résoudre ? Pour qui ? Quelle est notre solution ?
Le produit d’une université, c’est son curriculum. Un curriculum n’est pas juste une liste de cours ; c’est une solution éducative à un problème économique ou social précis. Il devrait répondre directement à la question : De quelles compétences notre économie a-t-elle besoin, et comment allons-nous les construire ?
Au lieu de cela, trop de curricula sont conçus par imitation—copiant des modèles étrangers, recyclant d’anciens programmes, ou répondant aux convenances académiques plutôt qu’à un diagnostic réel du marché. Comme résultat, nous formons des diplômés pour des emplois qui n’existent pas, dans des économies qui ne sont pas les leurs.
Les deux chemins vers l’inutilité
Un système éducatif peut échouer de deux manières distinctes, et les deux sont alarmantes.
La première est un bon curriculum, mal enseigné. Une institution peut concevoir un programme brillant et pertinent pour le marché. Mais si le corps enseignant ne sait pas transmettre—s’il manque de compétences pédagogiques, s’il privilégie le par-cœur plutôt que l’apprentissage expérientiel—le curriculum reste une intention non réalisée. Le savoir n’a pas été transmis.
La seconde est d’excellents enseignants, avec un curriculum inutile. Des professeurs passionnés et compétents peuvent investir toute leur énergie dans leurs étudiants, mais si le programme lui-même est déconnecté des réalités, ils ne font que perfectionner un processus pour un produit dont personne ne veut. C’est une usine ultra-performante… qui fabrique des fouets pour des voitures sans chevaux.
La vraie mesure d’une université n’est ni la taille de son campus ni ses effectifs. La seule métrique qui compte, ce sont ses anciens étudiants. Que deviennent-ils ? Créent-ils des entreprises ? Résolvent-ils des problèmes locaux ? Sont-ils recherchés par les employeurs ? Contribuent-ils à la transformation économique ? Si la réponse est non, l’échec n’est pas celui de l’étudiant. Il est systémique.
Les trois piliers d’une véritable « université de développement »
Dans un contexte en développement, une université devrait être une infrastructure nationale critique—une usine de compétences, un laboratoire de solutions locales et un accélérateur de talents. Atteindre cet objectif nécessite un changement fondamental de priorité.
Concevoir les curriculums à rebours, à partir des problèmes réels. Arrêtons de demander « Qu’enseignent les autres universités ? » et demandons-nous plutôt : « Quels problèmes notre pays devra-t-il résoudre dans les 20 prochaines années ? » Un curriculum pour l’agriculture moderne, l’industrie locale ou la gouvernance publique doit être construit de toutes pièces pour répondre à ces défis spécifiques.
Faire de la pédagogie une compétence fondamentale. Un doctorat n’est pas une licence pour enseigner. Nous devons investir massivement dans la formation des enseignants à l’art de la transmission—à l’andragogie, à la pédagogie active et à l’apprentissage expérientiel. Développer les compétences pédagogiques des professeurs est aussi important que de développer les compétences des étudiants.
Construire des ponts concrets avec l’économie. L’université doit devenir un espace hybride, effaçant les frontières entre la salle de classe et le terrain. Cela signifie intégrer des professionnels, encourager l’esprit d’entreprise et garantir que l’apprentissage soit indissociable de l’application pratique.
L’enjeu incomparable pour l’Afrique
Avec la population la plus jeune du monde, l’Afrique fait face à un choix crucial. Si l’enseignement supérieur reste un système de distribution de diplômes sans valeur, il devient un générateur de risques. Mais s’il évolue vers un système de production de capacités économiques, il débloque une opportunité historique.
Les universités de l’avenir ne seront pas celles qui auront les plus grands campus. Elles seront celles qui sauront répondre à une question simple et exigeante : Comment former des diplômés capables de construire l’économie de leur pays ? Lorsque cette question devient la mission centrale de l’université, les curriculums deviennent des architectures de solutions, et les diplômés cessent d’être des chercheurs d’emploi. Ils deviennent des créateurs de valeur pour leur société.